Voilà comment j’ai démontré devant le tribunal que DE FALCO n’a pas été un héros

Le commandant a été rayé des cadres de l’active. Maintenant parle Patrizio LE PIANE, l’avocat qui l’a interrogé au procès de la CONCORDIA : “le fameux coup de téléphone a été fabriqué avant d’être publié”

par Angela CIPRIANO pour QUIGrosseto (traduit par Monique)

GROSSETO – La nouvelle a été diffusée rapidement par toutes les agences de presse. Gregorio DE FALCO, le commandant devenu célèbre pour avoir ordonné à SCHETTINO de remonter à bord, lors de la terrible nuit du naufrage, vient d’être relevé de ses fonctions en mer après dix ans d’exercice. Dès fin septembre, il sera transféré dans un bureau, toujours à la Section Maritime de LIVOURNE.

Le commandant le vit mal et parle de harcèlement moral. Il se déclare amer et pense à quitter l’uniforme et à abandonner son travail : “La nouvelle affectation qu’on m’a imposée efface en un instant dix ans de ma vie et de mon travail”.

Tandis que se profile avec insistance l’hypothèse que ce transfert n’est peut-être pas fortuit mais pourrait être lié avec ce qu’a fait DE FALCO cette nuit-là.

Et lui-même d’admettre : “Il m’est venu une idée : qu’il pourrait y avoir un lien avec mon travail dans le cadre des secours et peut-être dans le cadre de l’enquête”.                .

Le pénaliste bien connu de MONZA Patrizio LE PIANE qui a mené, pour la défense de Francesco SCHETTINO, le contre-interrogatoire du commandant alors assis sur le banc des témoins au procès de la CONCORDIA à GROSSETO, s’exprime à ce propos en exclusivité pour le journal QUI GROSSETO.

Lors de l’une des audiences les plus célèbres, l’avocat, par ses questions, a réussi plusieurs fois à mettre le témoin sous pression. Il a demandé et obtenu que soit réécouté au tribunal le fameux coup de téléphone quasiment mot après mot. Ce fut un feu roulant de trois heures de questions pour atteindre un objectif précis : démontrer que l’homme en uniforme n’était pas du tout un “héros”.

Et il se pourrait bien, au vu des dernières nouvelles de LIVOURNE, qu’il y ait réussi.

Maître, la nouvelle circule comme quoi le commandant DE FALCO a été retiré de ses fonctions opérationnelles. Que pensez-vous de cette décision, pourrait-elle être liée au procès de la CONCORDIA ?

“Il est certain qu’il a du se passer quelque chose. C’est un fait très étrange. Il est évident que les actes du procès ont été lus par ceux qui ont tout supervisé. Si ensuite, il apparait tout un tas de possibilités aux yeux de l’opinion publique, il ne m’appartient pas de le dire.”

Lorsque DE FALCO a témoigné devant le tribunal, vous l’avez bombardé de questions précises pendant plus de trois heures. Que vouliez-vous faire apparaître ?

“Mon but était de restaurer l’image de SCHETTINO aux yeux de l’opinion publique à plusieurs points de vue, parmi lesquels en tant que marin. Après l’audience en question, les journaux ont sorti plusieurs articles dont il ressort que, quoique acculé par la défense, le commandant DE FALCO a toujours soutenu d’avoir agi dans l’intérêt des personnes qui étaient à bord.

Mais la presse a contourné le but du contre-interrogatoire.”

Qu’est-ce qui n’a-t-il pas été rapporté par les médias ?

“Qu’il y a eu un accord en amont entre DE FALCO et le Procureur. DE FALCO a admis du bout des lèvres que le coup de téléphone n’avait pas été échangé in live avec SCHETTINO mais effectué en accord avec le Procureur.

Le coup de téléphone qui a fait le tour du monde n’est pas né spontanément entre DE FALCO et le commandant SCHETTINO. Effectivement, au début de l’enregistrement, on entend le commandant de la Capitainerie de LIVOURNE dire “Je devais appeler le procureur, sapristi !”

Tout a été construit de façon à pouvoir donner en pâture à l’opinion publique le bouc émissaire le meilleur du monde.

Souvenons-nous ensuite, et ce n’est pas un petit détail, que ce coup de téléphone n’a pas été le seul qui a été échangé entre les deux commandants. Ils avaient déjà communiqué trois autre fois. En ces occasions, les tons des deux étaient loin d’être cassants, je dirais même qu’ils étaient pratiquement conciliants.

En outre, SCHETTINO avait déjà eu l’occasion de communiquer toutes les informations nécessaires sur l’accident au Commandement Général de la Capitainerie de ROME. Ainsi, à ce moment-là, l’état des lieux réel devait déjà être connu de tous.

Il était impossible par exemple, à l’heure du coup de téléphone, de ne pas savoir que le navire était déjà couché sur le flanc. C’est un nouvel élément qui confirme la “construction” du coup de téléphone”.

Quel était l’objectif d’un tel enregistrement ?

“Tout a été destiné à justifier l’hypothèse d’un abandon du navire. Ce qui, en fait, n’a jamais été le cas. SCHETTINO, jusqu’à preuve du contraire, est descendu le dernier du côté droit du navire qui s’est abattu violemment, ainsi que l’ont confirmé les témoins parmi lesquels quelques sous-officiers.

Le commandant a sauté sur une chaloupe qui était restée coincée. A ce sujet, je tiens à préciser une chose. Un officier en second, répondant à une de mes questions précise et un peu provocante, dit : “Maître, nous étions sur le côté gauche (donc du côté opposé à celui où se trouvait le commandant), parce qu’il était plus sûr. Maintenant, le navire était posé et ne bougeait plus””.

Pourquoi SCHETTINO n’est-il pas remonté sur le navire ?

“SCHETTINO a cherché à remonter à bord du navire avec une chaloupe appelée depuis une embarcation arrivée sur les lieux pour porter secours, mais il lui a été demandé de retourner. DE FALCO avait admis sans doute que l’unique moyen de remonter sur le navire était de le faire avec un hélicoptère. Je me souviens que l’une de mes dernières questions fut : “Excusez-moi, mais si vous avez admis que la seule façon de remonter sur le navire était de le faire avec un hélicoptère, pourquoi n’en avez-vous pas envoyé un à SCHETTINO ?” DE FALCO n’a pas répondu. Il y eut un silence.

Malheureusement, SCHETTINO s’est fait lyncher pour ces choses qui ont été données en pâture à l’opinion publique, en étant déformées. Les actes on dit à coup sûr tout autre chose”.

Vous avez reproché énergiquement au commandant DE FALCO d’avoir donné à SCHETTINO un ordre irréaliste, celui de remonter sur le navire en utilisant l’échelle de corde de proue du côté droit

“Juste. J’avais bien fait décrire à DE FALCO l’inclinaison du navire au moment du coup de téléphone en question. Il a déclaré que, à cause de la distance, il ne pouvait pas comprendre la position de la CONCORDIA.

Je lui ai alors fait remarquer qu’il y avait déjà des photos qui montraient très clairement la situation sur Internet. L’échelle de corde que DE FALCO précisait à tort était complètement sous l’eau à cette heure-là.

C’est pour cela que SCHETTINO continuait à répéter qu’il ne pouvait pas remonter. L’unique façon de le faire en utilisant une échelle de corde était de le faire par celle installée sur le côté gauche. Concrètement, SCHETTINO aurait d’abord du contourner le navire et puis bloquer le flux des personnes qui descendaient pour les faire remonter afin de pouvoir, lui, remonter à bord. Impensable. Il ne pouvait remonter à bord qu’avec un hélicoptère, et ça, c’est une chose que disent aussi les Pompiers. Il n’y avait pas d’autre chemin logique.

J’ai l’impression qu’après son contre-interrogatoire l’image du “héros” de DE FALCO a été fortement réduite

“D’après moi, oui. Il fallait ramener l’héroisme du bon DE FALCO à ses justes dimensions. Je ne sais pas comment après ces choses ont été gérées, si on leur a donné une suite. J’imagine qu’il y a du y avoir une enquête dans le milieu maritime, mais je ne sais pas ce qui y a été lu. Je ne connais pas ces actes-là”.

Que pensez-vous du fait que l’ex-commandant de la CONCORDIA soit le seul inculpé dans ce procès ?

“Rappelons-nous toujours qu’il y a ici un grand absent, qui par d’évidentes raisons de procédure et d’opportunités est sorti du procès en beauté, mais qui a joué le rôle “fantastique” d’être tout ensemble accusé, partie civile et responsable civil. Ses responsabilités sont apparue, de plus en plus éclatantes

Alors, si quelqu’un veut nier la vérité et ne pas se tenir au courant des documents du procès, c’est autre chose.

Il ne fait pas de doute que les parties civiles ont été mécontentes de plusieurs décisions, elles s’en plaignent beaucoup, mais le fait est que tout a été inutile. Il n’est resté qu’un seul accusé.”

Francesco SCHETTINO parlera devant la Cour le 2 décembre. Qu’en attendez-vous ?

“Je suis convaincu qu’il donnera sa vérité qui est probablement beaucoup plus conforme avec les faits que celle qui a été racontée jusqu’à aujourd’hui. Il est juste qu’il ait le droit de défendre sa propre dignité et sa propre personne de la meilleure façon possible.”

Toutefois, il n’est pas prévu que la sentence soit rendue avant le printemps 2015.

“J’espère seulement que la vérité sur ce qui s’est passé émergera tout entière et pas seulement partiellement. Les juges se sont toujours montrés impartiaux et je suis sur qu’ils vont continuer à l’être jusqu’au bout”.

2 thoughts on “Voilà comment j’ai démontré devant le tribunal que DE FALCO n’a pas été un héros

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